Humanitarian

Une «souffrance extrême» au Soudan, éclipsée par l’Ukraine et Gaza

« Le niveau de souffrance est extrêmement élevé » au Soudan, alerte le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), déplorant que le conflit ait perdu toute attention médiatique et politique malgré l’intensification des combats.

« Le peu d’attention qu’il y avait est parti », lance au Devoir Mamadou Dian Balde, directeur régional du HCR pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs. « Ça a été éclipsé par l’Ukraine. […] Maintenant, c’est Gaza qui éclipse tout ». « Ce sont des situations très très graves, très difficiles, qui se passent » là-bas, précise-t-il, « mais il y a des situations très graves qui se passent au Soudan, et ça n’a pas l’attention que ça requiert ».

Jeudi, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, s’est alarmé d’une potentielle « attaque imminente et de grande ampleur des Forces de soutien rapide du Soudan [FSR] à El-Facher, dans le Darfour-Nord, qui exposerait des civils, y compris des centaines de milliers de personnes déplacées […], à un danger extrême ».

« Vous voyez l’anxiété, vous voyez l’impact économique, et surtout, la peur. Vous voyez la peur parce qu’ils ne savent pas ce qu’il va se passer demain », dit M. Balde, en décrivant ce qu’il a vu lors de son dernier séjour au Soudan, il y a deux mois. « Il y a toute une partie où je ne peux pas aller, parce qu’il y a la guerre là-bas. […] C’est encore pire. »

Depuis le 15 avril, les combats entre l’armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, et les paramilitaires des FSR du général Mohamed Hamdane Daglo, ont fait plus de 9000 morts, selon l’ONG ACLED, dont 4000 au Darfour précisent des chiffres de l’ONU. Près de 6 millions de personnes ont également été déplacées de force.

Viols, mutilations d’enfants, et exécutions sur une base ethnique figurent parmi les « graves violations des droits de la personne » décrites dans un rapport des HCR. Une enquête pour crimes de guerre a été ouverte en juillet dernier par la Cour pénale internationale.

Des pourparlers ont repris jeudi dernier à Djeddah, en Arabie saoudite, pour négocier un cessez-le-feu. Mais « il faut qu’ils fassent vite… il faut qu’ils fassent vite », soutient M. Balde. « Le niveau de souffrance est extrêmement élevé. Il faut qu’on mette un terme à ce conflit. »

De passage cette semaine dans la capitale fédérale, Mamadou Dian Balde indique avoir notamment rencontré Affaires mondiales Canada pour les informer de la situation sur le terrain. Ottawa a selon lui un rôle à jouer pour « mettre un terme aux hostilités » et « alléger la souffrance des réfugiés ».

« Crise sur crise »

Les populations qui accueillent les réfugiés doivent elles aussi être soutenues, défend M. Balde, d’autant plus que les pays voisins sont déjà « vulnérables ».

Chaque jour, plusieurs milliers de personnes traversent la frontière avec le Soudan du Sud, indique-t-il. À l’ouest, le Tchad a accueilli 400 000 personnes dans l’une des « zones les plus pauvres » du pays. « Vous imaginez, 400 000 personnes dans une zone qui n’a presque rien ? »

Plus de 400 000 Soudanais avaient déjà trouvé refuge au Tchad en 2003, lors de la guerre du Darfour. « C’est des crises sur des crises, des crises sur des crises, et très peu de solutions. »

« Si vous ne soutenez pas les populations locales, vous créez des tensions, et ces tensions créent toute une zone d’instabilité, de fragilité qui quitte le Soudan, qui va au Tchad, qui va en République centrafricaine, et ça, on n’en a pas besoin. Le monde est déjà à feu et à sang. »

S’inspirer du Burundi

Mamadou Dian Balde n’est pas venu à Ottawa « seulement pour parler du Soudan et de problèmes […], mais aussi pour dire qu’il y a d’autres situations plus positives » en Afrique de l’Est.

Depuis 2020 — date de la première élection démocratique —, des milliers de Burundais, qui avaient fui le pays lors de la crise de 2015, font le chemin inverse. « Depuis le début de l’année, on a aidé environ 19 000 [réfugiés] à rentrer au Burundi. Il y en a 24 000 qui sont en Tanzanie, qui sont en République démocratique du Congo, qui disent “on veut repartir chez nous” et ne sont pas capables de trouver les moyens » financiers, déplore M. Balde. « [Il] faut investir dans ce retour de personnes. »

Selon lui, la situation humanitaire plus « positive » au Burundi pourra servir d’exemple au Soudan. « On apprend les uns des autres », dit-il, comparant le Soudan d’aujourd’hui au Burundi de 2015, même si les « violations » n’y atteignaient pas des proportions aussi importantes.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

Source: ledevoir.com

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