Environ 70 000 vies professionnelles pourraient être brisées, des milliers de familles pourraient basculer dans la précarité : les potentiels effets dévastateurs d’une décision administrative !

Le 24 mars 2025, le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) a publié une liste de 104 ONG autorisées à opérer au Cameroun, dans une lettre adressée au Coordonnateur du Système des Nations Unies. Cette annonce, à première vue administrative, suscite une vive inquiétude dans le tissu associatif camerounais, où près de 60 000 associations se retrouvent désormais non reconnues, sans possibilité claire de continuer légalement leurs activités.
Parmi les structures exclues figure Africa Dévelopement Plus (AD+), acteur engagé dans la mise en œuvre de projets communautaires, notamment en partenariat avec des agences internationales.
Une mesure aux conséquences sociales immédiates
Au-delà du choc institutionnel, cette note ministérielle pourrait plonger plus de 70 000 personnes dans le chômage, en grande majorité des chefs et cheffes de famille. L’arrêt brutal des activités de milliers d’associations entraînerait :
- Une baisse drastique de la scolarisation des enfants, faute de moyens ;
- Une montée de l’insécurité alimentaire, qui plongera de nombreuses familles dans la faim ;
- Un risque accru de délinquance et d’instabilité sociale, dans un contexte de précarité croissante.
Des familles entières, qui survivaient grâce aux emplois générés par les prestations liées à la mise en œuvre d’activités sociales, humanitaires et de développement sur le terrain, pourraient bientôt se retrouver dans une situation extrêmement précaire.
Une confusion administrative inquiétante
La correspondance du MINAT évoque le besoin de vigilance face aux dons et legs reçus par les associations. Or, cette approche semble ignorer une réalité pourtant essentielle : de nombreuses OSC ne vivent pas de dons au sens classique, mais travaillent sous contrat, sur la base de remboursements de prestations dûment réalisées dans les communautés.
Cette confusion entre dons et paiements contractuels fragilise injustement des organisations professionnelles et engagées. À l’image d’Africa Dévelopement Plus (AD+), ces structures interviennent avec rigueur et redevabilité, dans un cadre formel reconnu par les partenaires techniques et financiers.
Un appel urgent à un moratoire et au dialogue
Face à l’impact socio-économique de cette mesure, les OSC appellent à un moratoire de 18 à 24 mois, le temps nécessaire pour se conformer aux nouvelles exigences. Obtenir un agrément d’ONG ne se fait pas du jour au lendemain : c’est un processus technique et administratif complexe, nécessitant accompagnement et préparation.
Durant cette phase transitoire, il est impératif que les associations déjà actives et en partenariat avec des institutions crédibles (agences onusiennes, bailleurs bilatéraux, ministères sectoriels) puissent continuer à exercer légalement, tout en s’alignant progressivement sur les nouvelles directives du MINAT.
Pourquoi il est essentiel de garantir l’espace d’action des OSC au Cameroun
Le paysage du développement, de l’action humanitaire et des droits humains au Cameroun repose sur une coopération internationale multisectorielle. Les organisations de la société civile (OSC) en sont les acteurs de terrain, les relais, les catalyseurs. Les OSC sont au cœur de cette architecture de coopération :
1. Elles mettent en œuvre les programmes en étroite collaboration avec les Nations Unies
- OCHA,PNUD, FAO,PAM, HCR, UNICEF, UNESCO, UNFPA, ONU Femmes, OMS, PNUE, OIM…
2. Elles exécutent des projets financés par les bailleurs bilatéraux
- AFD, GIZ, JICA, KOICA, USAID, Enabel, L’agence canadienne pour le developement internatioanl…
3. Elles collaborent avec les grandes ONG internationales
- Médecins Sans Frontières, ACF, NRC, Plan International, CARE, Oxfam, LWF, Intersos, Save the Children…
4. Elles travaillent en lien direct avec les ambassades
- France, Canada, Corée, Japon, Chine, Etats Unies,Allemagne…
Sans compter d’autres bailleurs de fonds majeurs dont l’unique objectif, à travers leur appui, est d’améliorer durablement les conditions de vie des populations vulnérables. Il s’agit notamment de l’Union européenne, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement…., ainsi que de nombreuses entreprises (RSE)….
Le rôle opérationnel irremplaçable des OSC
Les organisations locales jouent un rôle irremplaçable dans :
- La mise en œuvre directe des projets (santé, éducation, filets sociaux, résilience, Violences faites aux femmes…)
- La mobilisation communautaire (sensibilisation, formation, insertion)
- L’exécution des missions gouvernementales déléguées (campagnes sanitaires, alphabétisation, sécurité alimentaire…)
En marginalisant ces structures, c’est tout un écosystème d’action publique, sociale et solidaire qui s’effondre.
Garantir l’espace civique, c’est renforcer tout le système
Limiter l’action des OSC revient à fragiliser la chaîne du développement, du social et de la résilience au Cameroun. Il est essentiel de reconnaître leur valeur, leur expertise et leur ancrage local. Cela suppose :
- Des dispositifs de régulation progressifs, inclusifs et adaptés ;
- Un cadre de concertation permanent entre État, OSC et partenaires ;
- Une relecture technique de la circulaire, différenciant clairement dons, prestations et contributions contractuelles.
Un plaidoyer pour la reconnaissance et la coopération
L’exclusion brutale d’associations structurées, compétentes et reconnues pour leur sérieux comme , soulève une question de gouvernance et d’alignement stratégique. Il ne s’agit pas de contourner les règles, mais de renforcer les dispositifs de transparence dans un climat de dialogue, pour éviter d’éteindre des dynamiques qui, chaque jour, changent des vies.
Par Theo Ngoughou Consultant Int. en communication pour les activités Sociales, Humanitaires et de Développement (SH&D)
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