Bertoua : le GTSA Est examine les principaux facteurs de vulnérabilité affectant la production et les marchés

Réunis le jeudi 20 août 2026 au sous-bureau du HCR à Bertoua, les membres du Groupe de Travail sur la Sécurité Alimentaire (GTSA) de la région de l’Est ont échangé sur plusieurs préoccupations affectant la production agricole et les systèmes de marché. Entre changements climatiques, baisse des prix, mévente et coût élevé des intrants, les participants ont formulé plusieurs pistes pour renforcer la résilience des producteurs.
La réunion mensuelle du Groupe de Travail sur la Sécurité Alimentaire (GTSA) de l’Est s’est tenue le jeudi 20 août 2026 au sous-bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR/UNHCR) à Bertoua.
Cette rencontre a réuni les différentes organisations membres du GTSA Est, notamment des agences du Système des Nations unies, les services sectoriels de l’État, dont la Délégation régionale du Ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER), ainsi que plusieurs organisations de la société civile, parmi lesquelles Africa Development Plus (AD+).
Une réunion consacrée au suivi des enjeux de sécurité alimentaire dans la région de l’Est
Après l’installation des participants, la rencontre s’est poursuivie par le mot d’ouverture et un rappel des principaux points d’attention issus de la précédente réunion.
Les participants ont ensuite abordé les différents sujets inscrits à l’ordre du jour, parmi lesquels figurait une présentation consacrée au système des marchés (UNHCR).
Cette présentation a permis de revenir sur le fonctionnement des chaînes de valeur et sur plusieurs éléments essentiels à leur développement, notamment l’accès à l’information, les infrastructures, la production, la commercialisation et les relations entre les différents acteurs intervenant dans le système de marché.
Un tour de table sur les dangers et vulnérabilités observés
La réunion s’est ensuite poursuivie par un tour de table consacré aux différents éléments de danger et de vulnérabilité observés au cours de la période.
Les échanges ont permis d’identifier plusieurs facteurs susceptibles d’avoir un impact sur la production agricole, la disponibilité des produits et le fonctionnement des marchés dans la région de l’Est.
La baisse des prix et la mévente découragent les producteurs de maïs
Parmi les principales préoccupations soulevées figure le découragement des producteurs de maïs, confrontés à une baisse continue des prix et aux difficultés liées à l’écoulement de leurs productions.
Selon les échanges, de nombreux producteurs ont enregistré une importante production au cours de la précédente campagne, sans parvenir à vendre l’ensemble de leurs récoltes.
Cette situation de mévente pourrait avoir des conséquences sur les prochaines campagnes agricoles. Face à l’incertitude concernant les débouchés, certains producteurs pourraient réduire leurs superficies ou leurs investissements, ce qui risquerait, à terme, d’entraîner une baisse de la production.
Une telle situation pourrait créer un déséquilibre entre l’offre et la demande, avec une disponibilité insuffisante de certains produits sur les marchés.



Les changements climatiques, un risque pour plusieurs filières agricoles
Les participants ont également identifié les changements climatiques et le décalage des calendriers agricoles comme des facteurs de risque importants pour la production.
L’irrégularité des pluies et les périodes de sécheresse affectent directement la planification des campagnes agricoles et peuvent entraîner une baisse des rendements.
Concernant la filière arachide, la sécheresse a été relevée comme un facteur ayant négativement affecté la production. Dans ce contexte, les producteurs pourraient davantage miser sur la deuxième campagne agricole.
Pour la pistache, l’attente prolongée des pluies a également constitué un facteur défavorable.
La filière plantain pourrait elle aussi être affectée par les perturbations climatiques et leurs conséquences sur les cycles de production.
L’ensemble de ces constats fait craindre une baisse de l’offre agricole si des mesures d’adaptation ne sont pas mises en œuvre.
S’adapter aux changements climatiques et adopter des stratégies innovantes
Face aux différents risques identifiés, plusieurs pistes de réaction ont été proposées par les participants.
Les producteurs ont notamment été encouragés à adapter leurs pratiques aux effets des changements climatiques et à développer des stratégies innovantes permettant de réduire les risques liés aux aléas météorologiques.
Parmi les solutions évoquées figurent notamment l’utilisation de moyens de conservation tels que les séchoirs, ainsi qu’une meilleure planification des activités agricoles.
La stratégie des semis par vagues a également été proposée comme une approche permettant de mieux répartir les risques. À titre d’exemple, au lieu de cultiver une superficie de 2 500 m² en une seule fois, un producteur pourrait choisir de semer progressivement environ 500 m² par semaine.
Cette approche pourrait permettre d’échelonner la production et de limiter les conséquences d’un éventuel retard des pluies ou d’autres perturbations climatiques.
Sécuriser les débouchés pour encourager la production
Les échanges ont également mis en évidence la nécessité de continuer à encourager les producteurs à maintenir et à augmenter leur niveau de production afin de répondre aux besoins des populations.
Cependant, la question des débouchés demeure essentielle.
Pour les participants, la mévente constitue l’une des principales causes du découragement des producteurs locaux. Il apparaît donc important que les décideurs et les acteurs sectoriels mettent en place ou renforcent des mécanismes permettant aux producteurs de mieux écouler leurs productions.
L’objectif est d’éviter que ces derniers hésitent à produire par crainte de ne pas trouver d’acheteurs ou de devoir vendre leurs produits à des prix insuffisants.
Le coût élevé des intrants pèse sur les producteurs
Les producteurs doivent également faire face au coût élevé des intrants agricoles, identifié comme un autre facteur majeur de vulnérabilité.
Cette situation réduit leurs capacités d’investissement et peut avoir des conséquences sur les superficies cultivées et les rendements.
Parmi les pistes évoquées au cours des échanges figure la possibilité de réfléchir à des mécanismes de soutien à la production, notamment à travers des subventions ou d’autres formes d’accompagnement permettant de réduire le coût des intrants agricoles.
Le regroupement des producteurs pour mieux accéder à l’information
Une autre recommandation importante formulée au cours de la réunion concerne le regroupement des producteurs.
L’organisation en groupes peut faciliter la diffusion de l’information et permettre aux producteurs d’être mieux informés sur les prix pratiqués et les opportunités disponibles sur les marchés.
Cette organisation collective pourrait également contribuer à une meilleure harmonisation des prix et réduire les risques pour les producteurs de se retrouver désavantagés lors des négociations avec les acheteurs.
Les participants ont par ailleurs insisté sur la nécessité d’encourager l’adoption de nouvelles techniques agricoles au sein des communautés afin d’améliorer les rendements et de renforcer la production.
L’industrialisation, une réponse durable aux problèmes de marché
Au-delà des réponses immédiates, les échanges ont également mis en avant la nécessité d’une approche plus structurelle, tournée vers la transformation et l’industrialisation des productions locales.
Le développement de la transformation agroalimentaire pourrait permettre de créer davantage de débouchés pour les producteurs, de limiter les pertes et d’augmenter la valeur ajoutée des produits agricoles.
Le maïs, par exemple, peut être transformé en plusieurs produits dérivés. Le développement d’unités de transformation pourrait ainsi contribuer à diversifier les marchés et à réduire la dépendance des producteurs à la vente des produits bruts.
Pour les participants, le développement d’une économie davantage tournée vers la transformation et l’industrialisation pourrait constituer une réponse durable aux problèmes récurrents de mévente et de faiblesse des débouchés.

Des enjeux majeurs pour la sécurité alimentaire dans la région de l’Est
À travers les différents échanges, la réunion mensuelle du GTSA Est à Bertoua a permis de mettre en évidence les liens étroits entre production agricole, changements climatiques, accès aux intrants, systèmes de marché et sécurité alimentaire.
Les discussions ont également souligné l’importance d’accompagner les producteurs, d’améliorer leur accès à l’information, de faciliter l’écoulement des productions et d’encourager l’adoption de pratiques agricoles plus adaptées aux réalités climatiques.
La séance s’est achevée à 16 h 30, après les échanges sur les différents points inscrits à l’ordre du jour et les recommandations formulées par les participants.
Le renforcement de la production, l’organisation des producteurs, l’adaptation aux changements climatiques et le développement de la transformation locale apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour améliorer la résilience des systèmes alimentaires et des marchés dans la région de l’Est.

Par ADPlusNews
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